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Le Capitaine Coutanceau

Émile Gaboriau1878

E. DENTU, ÉDITEUR
LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES

PALAIS-ROYAL, 15-17-19, GALERIE D’ORLÉANS

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1878

Tous droits réservés

LES VOLONTAIRES DE 92

C’était l’autre soir.

La journée finie, nous étions tous réunis, amis et voisins, chez les Coutanceau, et nous devisions—les fenêtres ouvertes, à cause de la grande chaleur.

De braves gens, ces Coutanceau, depuis l’aïeul, le capitaine, un homme de fer qui passera la centaine, jusqu’au dernier des mioches.

Des gens d’une probité antique, bien connus dans notre quartier, qu’ils habitent de père en fils depuis plus d’un siècle, si aimés et si respectés que c’est un honneur dont on est fier que d’être admis chez eux.

Mais l’autre soir, nous n’étions point gais comme de coutume.

Des nouvelles circulaient, depuis une semaine, qui faisaient les fronts soucieux.

D’aucuns affirmaient que le roi de Prusse, pendant qu’il passait à cheval devant le front de ses troupes, avait osé publiquement, en plein soleil, à la face de tous, écarter d’un geste dédaigneux notre ambassadeur, le représentant de la France, qui s’avançait vers lui.

—C’est à n’y pas croire, disait M. Dolin, le marchand de bois, c’est à se demander si l’orgueil n’a pas troublé la raison de ces gens-là.

Il commençait à s’animer, lorsqu’à ce moment de grandes clameurs qui montaient de la rue lui coupèrent la parole.

Nous nous précipitâmes aux fenêtres.

Une bande de jeunes gens passait, portant un drapeau et criant:

—A Berlin!... A Berlin!... A Berlin!...

Prompt comme l’éclair, un des fils Coutanceau s’élança dehors, et, lorsqu’il reparut l’instant d’après, il tenait un journal du soir.

Il était un peu pâle, et ses narines frissonnantes, comme il arrive quand on est secoué par quelque puissante commotion, mais ses yeux brillaient d’un éclat extraordinaire.

—Ils l’ont voulu! s’écria-t-il, la guerre est déclarée... tenez, lisez...

Il disait vrai.

Un grand silence se fit, solennel, comme si chacun de nous eût eu la soudaine vision de ce que représente de grandeurs et de sacrifices, d’héroïsmes et de souffrances ce mot terrible la guerre.

Mais ce fut l’affaire d’un instant.

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