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Brelan des dames

comte de Robert1880

BRELAN DE DAMES

Où en est, actuellement, la Comtesse d’Escarbagnas ? Quelle forme affectent, de nos jours, Philaminthe, Armande et Bélise ?

Je ne parle, bien entendu, d’aucune de celles de nos dames qui pratiquent avec talent, un art pour lequel elles ont de l’aptitude et du goût.

En effet, si l’on peut reconnaître à Madame d’Escarbagnas, quelque ressemblance avec Mademoiselle de Scudéri, on ne saurait lui en trouver avec Madame de La Fayette.

Non, j’examine seulement, ici, quelques-unes de ces fortes mamans-prodiges, qui percent leurs plafonds, avec des lunettes, et nos oreilles avec leurs tropes, comme avec leurs trompes.

J’ai tout d’abord repris un type de d’Aurevilly, un modèle auquel une personnelle fréquentation et l’étude approfondie de documents nouveaux, dont plusieurs inédits, me permettaient d’ajouter des traits caractéristiques.

De ce modèle, je me suis demandé si l’on pouvait retrouver l’équivalent, dans notre société contemporaine. Et pour répondre à cette question, peut-être indiscrète, j’ai ébauché, en regard de celle que l’auteur des « Bas-Bleus » avait traitée de « Pic de la Mirandole en cornettes », quelques gestes de l’une, qui pourrait en figurer le simulacre, et de l’autre, qui peut bien en représenter la réalité.

Maintenant, c’est à peine si, venant de citer d’Aurevilly et son ouvrage magistral, je crois devoir parler de ceux qui, sous prétexte de galanterie, prétendraient remettre en question le droit du critique à juger, même vertement, les œuvres de ses confrères féminins.

Voici ma réponse :

Les Dames d’aujourd’hui voudraient-elles aborder, de pair avec les hommes, toutes les fonctions et toutes les carrières, politiciennes, médecines, musiciennes, poétesses, épéistes ou chauffeuses, et se voir aborder, à leur tour, avec le même air enrubanné, pirouettant, poudré, sucré, destiné à celles qui ne maniaient que l’éventail ?

Ce serait leur faire injure.

La femme est devenue la camarade de l’homme ; mieux, sa concurrente. Pour celles qui se bornent à rester des Célimènes, maintenons la bouche en cœur des siècles passés.

Mais les autres nous apparaissent, à nos côtés, en sarrau d’atelier, en blouse de travail. Cela, qui ne les rend que plus estimables, quand il s’agit de l’exercice d’un don réel, permet de leur dire leurs vérités.

Les plus sensées se garderont de s’en plaindre, car cela permet aussi de dire leurs vertus.

R. M.

IMUSÉES POUR RIRE

Un homme dont le succès personnel accréditait la parole, en cette occasion, me disait, un jour : « C’est, selon moi, une erreur de croire que certaines personnes n’ont pas de veine. Tout le monde a de la veine ; seulement, on sait, ou non, s’en servir. »

En ce qui me concerne, au moins une fois dans ma vie, je n’ai pas su me servir de la veine. Un mien ami, entre tous avisé, fort au courant de ce qui pouvait réjouir ma fantaisie et exciter ma verve, à son tour, m’avait dit, aux environs de 89 : « Allez à Dieppe, voir le Musée Saint-Saëns, je ne vous dis que ça, vous m’en donnerez — ou, plutôt, vous nous en donnerez des nouvelles, car, étant celui qu’elle peut impressionner avec le plus de vivacité, vous nous devez le compte rendu de cette étonnante collection, qui va des « sauterelles d’Algérie » aux « scories volcaniques » et, de la « Marquise de Présalé » à la « Marquise de Saint-Paul ».

J’entendis le conseil, mais je m’y rendis trop tard. Une fois de plus, le deliberando sæpè perit occasio me joua un méchant tour : j’entends celui de laisser, sans que nos regards en aient extrait le spectacle et déduit la moralité, s’écouler l’espace de jours qui nous en offraient le champ d’exception. C’en est un, en général, que celui qui nous est soumis par ce que j’appelle ici les Musées pour rire ; et, si j’en juge par ce qu’il nous présente encore, même modifié, celui dont je parle, dut être, à l’époque où on me le signala, un des plus typiques du genre.

Tel qu’il subsiste, nous allons l’examiner, non sans avoir tout d’abord spécifié ces modifications et recherché leurs causes. En ce qui regarde ces dernières, notons bien vite, qu’il suffit, pour les déterminer, de quelques réflexions caustiques, amenant les organisateurs à s’apercevoir que le public ne se croit pas toujours forcé d’entrer dans un plan d’admiration mutuelle.

L’instinct de faire un nid, dont parle le poète, et qui tourmente les hommes, au cours de leur brève existence, cet instinct se prolonge. Oui, l’instinct de faire un nid à ce qui s’est groupé autour de nous, durant notre carrière, vient à plusieurs, à beaucoup, disons-le, à un trop grand nombre.

Cette forme de l’amour-propre, qui consiste à se survivre dans la glorification, plus ou moins relative, des objets qui nous ont appartenu, est trop humaine pour que, si les États et les cités ne l’enrayent, la menace ne se dresse, contre eux, de voir nombre de particuliers s’ériger, de leur vivant, dans leur petit hôtel, une sorte de cénotaphe civil, tenant à la fois du muséum et du mausolée, et dont la concession à perpétuité, hors-cimetière, est bien écrasante pour se mesurer avec le peu de durée des objets auxquels on en accorde l’excessif honneur.

Si la création du Musée constitue, pour un pays, une richesse et une gloire, la Collection Cernuschi, malgré ce qu’elle a de remarquable, répond-elle au besoin d’une nation ? — Que dire de la Collection d’Ennery ? — Or, je prends à dessein des réunions d’objets d’un intérêt réel, parce que, s’il y a lieu de condamner même celles-là, le procès des autres sera fait du coup. Encore une fois, il y a danger à risquer de transformer une ville, en une sorte de champ de repos, composé de petites chapelles devenues silencieuses, et dans lesquelles le fumeron de la vanité n’éclaire que trop, des bibelots que rien n’engageait à sortir de l’ombre.

Quand le don est fait directement à un Musée, le mal n’est pas moindre, si la faveur accordée au donateur, de prolonger son souvenir, à l’aide d’une exposition permanente, apparaît plus importante que celle accordée au dit Musée, par l’adjonction, à ses richesses, de médiocres objets d’art et de contestables chefs-d’œuvre.

Pour une Collection La Caze, d’ailleurs bien mal récompensée de ses beautés, par le traitement qu’on lui inflige, que de legs inconsidérément acceptés, au Musée du Louvre ! Quel rehaut lui apportent, je vous le demande, les copies à l’aquarelle de la Collection Thiers et ses piles d’assiettes ?

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