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Archipel
Adrien Bertrand1920
Pierre Lou’s
PREMI’RE PARTIE
LA NUIT DE PRINTEMPS
Assise dans son manteau l’ger, derri’re la porte du jardin, N’ph’lis par’e attendait.
La nuit sous les arbres —tait si profonde, que les yeux ne voyaient pas la main, et que seule la senteur des feuilles r’v—lait leur pr’sence obscure. Tout dormait, les hommes lointains, les oiseaux cach’s, les ramures invisibles. Le silence de la terre —tait pur comme le noir de l'ombre. N’ph’lis immobile se tenait les doigts unis sous le genou, et la t’te droite.
Doucement, un doigt frappa la porte au dehors.
“D’j—!
Sans bruit, elle —ta la lourde barre et fit tourner la porte sur ses gonds huil’s. Elle entendit un pas sur la gr’ve, mais ne vit rien, que la nuit noire.
“Ne me cherche pas, murmura-t-elle, je suis l—. Je te pr’c—de, viens vite, j'ai peur des esclaves et qu'on ne nous —pie. Suis-moi. Au sortir des fourr’s, tu verras un peu mon ombre.
Elle marcha sur la pointe du pied. Ses petites sandales se posaient — peine sur le sable ou la mosa’que. Une branche qu'elle effleura la fit fr’mir; ce ne fut qu'un bruissement furtif entre deux vastes silences, et les fleurs remu’es secou’rent leur parfum.
La premi’re, elle entra dans la chambre, courut jusqu'— la niche o’ elle avait mis un rhyton sur la lampe de terre pour la voiler sans l'—touffer et d’s qu'elle eut un peu de lumi’re, elle se retourna:
L'homme s'—tait avanc’ jusqu'au milieu de la pi’ce. Elle recula vers le mur que son dos frappa brusquement et ses mains retourn’es err’rent sur la paroi.
“Qui es-tu?
“Je ne suis pas lui, tu viens de le dire. N'es-tu pas assez renseign’e? Il y a lui, n'est-ce pas, et le reste du monde. Moi, je suis le reste, l'humanit—, la foule, ce dont on ne veut pas.
Il se croisa les bras violemment, en fourrant les mains sous les aisselles.
Lanc’e a travers la chambre, la pi’ce d'arpent frappa N’ph’lis au ventre. Elle —touffa un cri.
“Mis’rable! dit-elle d'une voix blanche. Tu sauras ce qu'il en co’te de me parler ainsi: Oui, j'ai un mari, et j'ai un amant; mais la porte du jardin s'est rouverte, mon amant est l—, dans l'all’e, il vient, il approche, et s'il te trouve ici, tu seras tu’ comme un ver.
“Il me tuera? fit l'inconnu. Qu'est-ce que cela me fait? Je suis mort depuis cent ans. Tu me demandais mon nom? Je suis le Roi d'—gypte, embaum—.
N’ph’lis se passa lentement la main sur le visage comme pour y sentir le long froid de la Peur...
*
* *
L'homme, la voyant p’lir, reprit en souriant:
“Ne crie pas, belle amie, o’ je te tue toi-m’me; et pour toi qui n'es pas morte, ce sera bien autre chose que pour un cadavre comme le mien. Regarde ma chair de momie.
D'un mouvement brusque, il d’tacha, tous ses v’tements, et se dressa nu.
“Tu disais tout — l'heure, que la porte s'—tait rouverte. C'est impossible. La barre est mise. Personne n'est dans le jardin, personne dans l'all’e. Fais ton m’tier, ma fille, je t'ai donn’ une drachme. Et ne crie pas, ou, par Dzeus! je te tue imm’diatement.
Elle ne cria pas.
Dans un effort de tout son —tre, et se souvenant qu'il ne fallait pas contrarier les insens’s, elle exhala quelques phrases, — peine articul’es par sa langue s’che et froide:
“Oui, tu es le Roi d'—gypte... tu es couvert de bandelettes... Mais il n'est pas digne de toi, Seigneur, de t'arr’ter chez ta servante... Veux-tu que je te montre la route?... Tes reines, plus belles que des femmes, chantent aux portes du jardin.
Le fou bondit:
Il campa sur sa t’te la couronne de roses et se mit — danser avec fr’n—sie.
“H—! dit-il en s'arr’tant. Ta peau est fra’che, ma fille. Comment n'es-tu pas encore d’v—tue? Quitte ta robe! Je t'ai pay’e.
Il marcha vers elle, et de la robe l’che et fine il d’gagea un sein.
N’ph’lis s'acculait au mur. Elle voulait parler, mais pas un mot ne sortait du tremblement de ses l’vres —pouvant’es... Le fou prit en ses doigts l'admirable sein, et pressa: quelques minces fus’es de lait jaillirent.
A cette vue, il p’lit. Sa voix s'alt’ra et devint celle d'un petit enfant.
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